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Les manifestants mercenaires de Leroy-Merlin et Casto

En Mai 2013, un collectif «Les Bricoleurs du dimanche », mouvement présenté comme spontané, regroupant des salariés de Leroy-Merlin et de Castorama, organisait un certain nombre de manifestations visant à obtenir la libéralistion du travail dominical dans leur secteur1).

Son porte-parole est Gérald Fillon, employé au Leroy-Merlin de Gonesse. Un autre porte-parole est Jean-Baptiste Jaussaud, qui est également porte-parole de l'association libérale “Liberté Chérie”, et l'un des promoteurs du mouvement conservateur des Tea party, et impliqué dans le mouvement des « pigeons entrepreneurs ». Une certaine “Marie-Cécile” est intervenue dans les medias comme “porte-parole des salariés de Sephora” : il s'agissait en réalité de Marie-Cécile Cerruti, militante UMP, membre du bureau national du Mouvement des étudiants (MET, classé à droite, la branche universitaire de l’UNI) 2).

L'opération était entièrement pilotée par une agence de communication mandatée et financée par les directions de Castorama et Leroy-Merlin. 3) 4)

“Les salariés de Leroy Merlin et Castorama ont été totalement organisés par leurs patrons : séances de formation avec des communicants sur leur temps de travail, déplacements payés, jours payés, transports et repas payés, T-shirts, banderoles, tracts payés. Ils habillent cela du mot « volontariat », mais le volontariat n’existe pas en droit du travail. Ce qui caractérise un contrat de travail est un « lien de subordination juridique permanent ». Aucun salarié de ce pays ne travaille le dimanche par « volontariat », mais parce que le patron le veut. En fait, mettre en avant des salariés qui « veulent » travailler le dimanche, c’est une manipulation complète.” 5)

Un lobbying gagnant, aboutissant au rapport Bailly

A la suite de ce lobbying 2.0, le gouvernement a réagi rapidement le 30 septembre et cédé aux pressions des enseignes en créant une mission de concertation sur le dossier du travail le dimanche. Matignon a confié à Jean-Paul Bailly le soin d’organiser cette concertation.

L’ex-PDG du groupe La Poste est le principal artisan de la privatisation du service public postal, quitte à laisser en chemin des « gens un peu inadaptés », qui ne supporteraient pas « un monde mouvant, provisoire, inachevé », a-t-il déclaré dans le livre de Hervé Hamon « Ceux d’en haut. Une saison chez les décideurs » (Seuil 2013). Un autre dirigeant, celui de BNP Paribas, Baudouin Prot, a appelé de son côté à « bouger » et à « s’adapter » sur le travail dominical, notamment pour préserver la compétitivité de la place de Paris, première destination touristique mondiale. Le gouvernement apparaît disposé à entendre ce langage, peu importe les conditions de travail et les salaires des employés « méprisés »6)

Le rôle des médias : informer ou enquêter ?

Cette affaire a permis de mettre en évidence que les médias sont manipulables et prévisibles dans ses réactions. Il montre la dérive progressive de l'information en continu et permanente où un sujet chasse l'autre et où il vaut souvent mieux arriver le premier que de donner une information vérifiée.

Ce qui s'est produit en 2013 s'était en effet déjà produit à une autre échelle bien avant, dès 2007 pour aboutir devant la Loi Mallié.

  • Recours à l'agence ZAP en 2008 pour l'organisation de “manifestations spontanées” par Leroy-Merlin, avec prise en charge des bus pour aller manifester 7)
  • Mise à disposition par Castorama et Ikdea, en 2007, de moyens de transports pour les manifestants du meuble, et fermeture des dépôts 8)
  • Manifestations de salariés Castorama en février 2009 avec sable déversé devant la Préfecture avec les camions de l'enseigne; déjà en 2008, ils avaient été pris en charge et soutenus par leur employeur 9);
  • Les médias avaient fait grand cas de la séquestration du patron du Grand Cercle, à Eragny, provoquant la réaction du gouvernement. Ce patron a été condamné depuis en correctionnelle pour différents délits contre le syndicat Force Ouvrière, notamment d'avoir favorisé l'association des salariés volontaires du dimanche 10).
  • Instrumentalisation des salariés de Sephora, pour qu'ils se prétendent volontaires pour travailler la nuit avant que le site Arrêt sur images ne s'interroge sur l'origine militante de la salariée poussée par le groupe LVMH pour servir de porte parole de ces salariés dans les médias.

Même le slogan des T-shirts d'aujourd'hui “Yes, Week-end” est copié sur les manifestations de cette époque. Il est tiré du célèbre slogan “Yes, We can” de la première campagne d'Obama en 2008 et les agences de communication se sont sans doute réjouies du fait qu'Obama ait été réélu en 2012.

Dans la plupart des cas, les journalistes informent de l'événement et diffusent la nouvelle sans s'interroger sur le dessous des cartes. Ce n'est qu'après coup que les médias s'aperçoivent que les salariés sont rémunérés, ont bénéficié des moyens de l'entreprise pour venir manifester, et que leur spontanéité est en réalité très bien organisée.

En résumé


Les manifestations, présentées comme “spontanées”, des salariés de Leroy-Merlin et de Castorama en 2013, n'étaient en fait qu'une opération de communication payée par ces deux enseignes, et organisée par une agence de communication, les Ateliers Corporate.

Elle a réussi à faire pression sur le Gouvernement, et participer à l'obtention d'une dérogation pour le secteur du bricolage, ainsi qu'à la nomination de la commission Bailly.