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Pour les étudiants pauvres : travailler le dimanche ?

L’exercice d’une activité professionnelle est un facteur positif lorsqu’il s’insère dans le cadre d’un cursus ou qu’il est compatible avec les horaires d’études, puisqu’il permet d’acquérir de nouvelles compétences, de mieux appréhender le fonctionnement du marché du travail et d’enrichir son expérience professionnelle. Toutefois, l’exercice régulier d’une activité rétribuée sans rapport avec les études diminue les chances de réussite et va de pair avec le retard dans les études 1).

Le travail du dimanche est souvent cité comme moyen qui serait à encourager, pour que les étudiants pauvres financent leurs études. Qu'en est-il ?

Importance du travail des étudiants

En 2012, une étude menée par l’INSEE révèle que 480 000 étudiants de l’enseignement supérieur (19,2% de la population étudiante) ont un emploi parallèlement à leurs études. Près de 30% d’entre eux ont des emplois à temps plein, contre 70% à temps partiel 2).

Environ 7% des étudiants n'ont d'autre choix que de travailler pour financer leurs études 3)

Etudier et travailler ne font pas bon ménage

Un étudiant qui travaille est davantage confronté au risque d'échec dans ses études, ce qui est documenté depuis longtemps 4).

Les résultats montrent que l’occupation d’un emploi régulier réduit significativement la probabilité de réussite à l’examen de fin d’année universitaire. S’ils ne travaillaient pas, les étudiants salariés auraient une probabilité plus élevée de 43 points de réussir leur année. 5)
L’exercice d’une activité rétribuée régulière va de pair avec le déroulement irrégulier des études. Les étudiants du groupe 1 sont beaucoup moins nombreux proportionnellement que les autres étudiants à avoir réussi la totalité des examens auxquels ils se sont présentés l’année précédant l’enquête : 43,8% contre 62,4% ; ils sont aussi moins nombreux à avoir obtenu une réussite partielle avec passage au niveau supérieur : 11,2% contre 15,6% ; mais ils sont beaucoup plus nombreux à avoir obtenu une réussite partielle sans passage auniveau supérieur : 26,9% contre 12,2% et ils sont également plus nombreux à avoir abandonné les études dans lesquelles ils s’étaient engagés ou à avoir échoué: 18% contre 9,9% 6).

Des analyses assez fines ont été réalisées par l'Insee sur ce sujet.

Cependant, une étude de 2010 du Ceru n'a pas mis en évidence de lien entre travail des étudiants et échec scolaire : mais dans cette étude, les stages et travaux désormais rémunérés qui sont réalisés dans le cadre du cursus universitaire ont été pris en considération, par opposition aux travaux effectués hors cursus normal.

Une récente étude a récemment souligné le lien entre l'échec scolaire et le travail des étudiants.

Pérenniser les inégalités sociales par un recours au travail "low cost" ?

De tous temps, les étudiants les plus pauvres ont eu des difficultés de budget. L'Etat a bien pris en compte ce problème en mettant en place, en vue de déduire les inégalités sociales, un ensemble complet de bourses d'études et d'allocations logement.

De plus, existent de nombreuses opportunités de “job étudiants”, clairement identifiés comme tels : soutien scolaire, aide à la personne, baby sitting, distribution de journaux, réalisation d'enquêtes pour les instituts de sondage, surveillant, etc.

Les étudiants travaillant le dimanche dans des emplois “classiques” viennent dévaloriser le travail : il justifie auprès des autres salariés qu'un emploi de vendeur qualifié soit payé au SMIC puisque des étudiants sont prêts à l'accepter à ce prix.

Mais encourager le travail des étudiants pauvres pour le financement de leurs études, au détriment de leurs résultats, va accentuer les inégalités sociales, ce qui est le contraire du but recherché par le système des bourses et allocations logement.

En résumé


Le travail des étudiants concerne environ 20% des étudiants de l'enseignement supérieur.

Le travail hors cursus a de lourds impacts négatifs sur l'assistance aux cours, et sur les résultats aux examens.

Proposer aux étudiants pauvres de travailler davantage le dimanche pour financer leur études, au détriment de leurs résultats, accentue des inégalités sociales que le système des bourses et des aides au logement venait corriger. Il serait préférable d'améliorer si nécessaire les systèmes d'aide existants, et/ou de prévoir une meilleure intégration des périodes professionnelles rémunérables dans les cursus universitaires.

L'utilisation d'étudiants à des emplois classiques a pour conséquence de perturber le marché du travail, en dévalorisant ces emplois. Il pourrait toutefois être pertinent d'ouvrir certains postes spécifiquement étudiant, en plus de celles existant déjà (soutiens scolaires, services à la personne, etc) à des activités qui pourraient être ouvertes le dimanche, par exemple certaines installations sportives ou culturelles (sous réserve de faisabilité : sécurité, réglementation, etc.).