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Le travail dominical dans l'opinion publique

Préambule méthodologique

Sur le sujet du travail du dimanche, beaucoup de sondages souffrent de trois points de faiblesse, dont deux d'ordre méthodologique :

  1. La formulation des questions : Certains sondages ont mélangé la question du travail du dimanche avec d'autres points (“volontariat”, primes potentielles, etc.) qui impactent directement le sens des réponses, sans présenter ces restrictions. Ainsi, tel sondage qui conclut à une “adhésion massive des français au travail dominical” ne précise pas que sa question portait sur un travail payé double et effectué par d'autres personnes que le sondé, ce qui ne peut représenter la réalité. Exemple de sondage non-neutre : ODOXA déc 2014 : Sondage sur l'accord des Français avec la "Loi Macron"
  2. L'indépendance des sondeurs : Certains sondages sur le dimanche ont été financés par des organismes ou entreprises ayant partie liée avec l'ouverture, ou pas, des commerces le dimanche. Par exemple le sondage IPSOS de 20061), financé par Usine Center. De même, les liens de certains instituts de sondage avec les milieux politiques ou économiques influence les résultats présentés. Ainsi, un sondage IFOP de 2007, alors dirigée par Laurence PARISOT présidente du MEDEF, avait manipulé les questions du sondage 2). Récidivant, un nouveau sondage IFOP réalisé à la demande du JDD en 2008 a été dénoncé pour sa question orientée dans laquelle le sondeur affirmait que le travail du dimanche est mieux payé alors qu'il s'agissait d'un élément faux influant sur la réponse 3).
  3. L'exploitation politique des résultats : les médias ont contribué à fausser le débat, en présentant des conclusions non-conformes aux questions. La plupart du temps, les unes des journaux ont titré “Une large majorité pour l'ouverture du dimanche”, alors que la question était totalement déconnectée de son corollaire. Alors qu'aucun institut de sondage n'oserait conclure que les contribuables sont favorables à la baisse des impôts sans s'interroger s'ils sont aussi favorables à la diminution des services publics, sur la question du dimanche, ils ont très souvent conclu à une position favorable au travail du dimanche, sans jamais le corréler avec une opinion majoritairement défavorable au travail dominical pour soi-même.

Le Dimanche, un large consensus

Le dimanche recueille un large consensus : plus de 80% des sondés souhaitent le maintien du dimanche comme jour de repos commun.

Et entre 60 et 70% ne souhaitent pas travailler régulièrement le dimanche. Ce pourcentage serait probablement encore plus élevé s'il s'agissait de travail dominical sans contrepartie salariale.

Le travail du dimanche, vu par ceux qui le pratiquent

Alors que la quasi-totalité des études interrogent des populations indifférenciées, une seule étude (à notre connaissance), s'intéresse spécifiquement aux personnes qui travaillent le dimanche.

En 2009, l’Ifop a interrogé, pour le compte de la Fondation pour l’innovation politique, 508 actifs travaillant « au moins un dimanche par mois ». Seuls 27 % des sondés se déclarent satisfaits de travailler le dimanche. Ces travailleurs ont un profil spécifique : ils sont jeunes, sans enfants et vivent dans une grande agglomération.

Pour la majorité des actifs concernés (82 %), le travail du dimanche est vécu comme une contrainte. La plupart d’entre eux ne travailleraient pas ce jour-là s’ils avaient le choix. Beaucoup évoquent des répercussions familiales : tensions avec les enfants, le conjoint…

Seuls 53 % des « travailleurs du dimanche » bénéficient d'une majoration de rémunération, 31 % dans le commerce. La banalisation du travail dominical, dans les secteurs du loisir et de la consommation, amplifie ce phénomène. 4)

Voir l'enquête de la FONDAPOL sur le lien Textes de référence.

"Les français sont favorables au travail du dimanche, sauf s'ils travaillent"

"Etes-vous prêt à travailler personnellement le dimanche ?"

A une question de type “Etes-vous prêt à travailler personnellement le dimanche ?”, une majorité large répond par la négative (entre 60 et 80%).

Pour environ 80% des personnes, le fait de préserver le dimanche comme jour de repos commun, consacré à la vie personnelle, familiale ou associative est important 5).

Ce pourcentage est moins élevé si la question est de type “Seriez-vous d'accord pour travailler exceptionnellement le dimanche”.

Exemple de sondage sur ce type de question :

"Etes-vous favorable à l'ouverture des magasins le dimanche ?"

En revanche, à une question de type “Etes-vous favorable à l'ouverture des magasins le dimanche ?” les réponses sont majoritairement positives (entre 50 et 70%).

Exemple de sondage sur ce type de question : Ouverture des magasins le dimanche : le "oui" des Français", CSA pour "Direct matin", Déc 2014

Il est possible d'atteindre des résultats encore supérieurs avec une question de type “Etes-vous favorable à l'ouverture des magasins le dimanche par des salariés volontaires ?”. En revanche, une question de type “Pensez-vous que les salariés puissent être librement volontaires pour travailler le dimanche dans leur entreprise ?” ne rencontre que peu de réponses affirmatives, reflet de la crise économique actuelle.

En termes généraux, les salariés sont défavorables à l'idée de travailler eux-même le dimanche, mais favorables à l'ouverture des magasins le dimanche s'ils ne sont pas concernés par les ouverture. Cette opposition, somme toute facile à comprendre, a été soulignée dans les travaux respectifs du CESE, du rapport Bailly, et de la Commission d'Experts de l'OIT.

C'est comme en matière de pollution : si beaucoup sont prêts à reconnaître que la pollution mène à une catastrophe écologique, bien peu sont prêts à faire l'effort personnel d'abandonner sa voiture ou de limiter son utilisation pour contribuer à éviter cette même catastrophe.

Ainsi, chacun est prêt à ce que l'on travaille le dimanche mais personne ne le souhaite pour lui-même.

Un très bon exemple : le vice président du MEDEF, M. Roux de Bézieux, s'est récemment déclaré favorable au travail du dimanche dans les commerces mais a expliqué un peu plus loin qu'il n'était pas rentré en politique pour ne pas sacrifier ses weeks-ends et ses soirées6)

Le sondage BVA du 4 décembre 2014 résume très bien cette situation en soulignant que les français sont favorables au travail du dimanche sauf s'ils travaillent…

Quelques sondages

En résumé